Lettre d'un soldat

 " Cela fait trois mois que nous sommes en guerre. Depuis des siècles les Hommes ne cessent de s'entretuer, pour un bout de terre, un peu d'argent... n'importe quel motif est valable dans ces conditions.

Les conditions de cette guerre sont déplorables, injustifiées. Mais pas une âme n'y prête plus d'attention. Ne pouvant me révolter seul, je n'ai d'autres solutions que d'écrire.

Aujourd'hui, je me trouve affaibli, au milieu d'une sombre pièce fétide. Sans aucun doute aux sous- sols du camp ennemi. Ennemi...un mot bien désolant, rappelant à quel point notre espèce dérive de sa nature première, à quel point nous sommes déshumanisés.

Je me souviens qu'on m'a jeté dans un camion, parmi mille autres, mille transports. Mille hommes, femmes et enfants qui se sont plaints, mais qui n'ont rien su faire sur le moment, comme moi. On s'est tous tu, pas un n'a protesté. Comment faire autrement, menacés par d'impitoyables gens, au caractère bien tranchant?

Alors on nous a embarqués. Des cris, des pleurs, des lamentations....Tous voulaient rentrer chez eux, mais tous savaient pertinemment que ce ne serait plus possible.

Liberté volée.

C'est donc dans cette cellule que je me retrouve, à me confier à un petit secret, muni  d'un stylo bientôt vidé de son encre. Je regarde à travers les barreaux, ça passe le temps. Ce temps si infini. Les collines dehors me permettent de garder un minimum de sang-froid. Elles laissent mes songes accéder à l'irréel, à la fiction. A cette chose qui me permet encore de vivre. Je ne veux plus survivre, mon seul échappatoire reste cette vision de l'extérieur.

Enfermé, coincé entre quatre murs, me penchant pour atteindre un petit creux qui laisse une vue sur les montagnes et le ciel encore bleu mais gâchée par des barreaux rouillés, que puis je faire, si ce n'est espérer, croire en la liberté, se remémorer le passé?

Et maintenant que mes sens ne réagissent plus, que mon souffle ne demande plus qu'à être régulier, je peux seulement rejoindre Morphée, et répéter en boucle ce petit manège, ne pas compter le temps, ne pas désespérer.

Mon stylo fonctionne de moins en moins bien, déjà mon encre laisse des traces illisibles.

Je crois que c'est un Adieu, chère écriture.

Le fin de notre histoire si courte."

Christelle.